Le parcours du vendeur
Ateliers d’artistes à Paris : où ils sont, ce qu’ils valent
L’atelier d’artiste parisien tient en quelques images : une verrière tournée vers le nord, un volume sous plafond qui dépasse la hauteur d’un étage, une mezzanine, un parquet taché de peinture. Ces images ont une géographie. Les ateliers se sont concentrés, à des époques différentes, dans quelques quartiers dont le nom suffit encore à évoquer la peinture ou la sculpture. Mais un lieu célèbre n’est pas un bien à vendre, et une rue chargée d’histoire ne fixe pas un prix.
Cette page propose une carte, et une méthode. Elle dit où sont les ateliers, lesquels relèvent du marché, et comment on en estime un quand il se présente.
Une géographie par strates
Chaque génération d’artistes a eu ses quartiers, et chaque quartier a laissé un type de bâti.
La Nouvelle Athènes, dans le 9e, appartient au premier XIXe siècle romantique. Montmartre et la rive gauche autour du Montparnasse appartiennent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Le 14e a vu naître, dans l’entre-deux-guerres, des maisons-ateliers dessinées par des architectes modernes. Le 20e, plus récemment, a vu des artistes investir d’anciennes cours artisanales. Le 12e, enfin, a créé ses voûtes d’artisans d’art à la fin du XXe siècle, sur une ancienne ligne de chemin de fer.
Ces strates ne produisent pas les mêmes biens. Un hôtel particulier avec atelier, un lot coiffé d’une verrière sous les toits, une maison de voie privée et une arcade vitrée n’ont en commun que le mot qui les désigne.
Rive gauche : la rue Notre-Dame-des-Champs
Dans le 6e, une rue concentre à elle seule une partie de l’histoire des ateliers parisiens. Rue Notre-Dame-des-Champs, Auguste Renoir travaille au n° 34 de 1871 à 1873. Au n° 75, le peintre William Bouguereau fait construire en 1867, par l’architecte Jean-Louis Pascal, un hôtel particulier néoclassique dont l’entrée garde ses initiales. Au n° 86, James McNeill Whistler a son atelier de 1892 à 1902, Max Beckmann à partir de 1903, avant que Fernand Léger et Amédée Ozenfant n’y fondent l’Académie Moderne en 1924. Au n° 73, la galerie de Wilhelm Uhde expose entre 1908 et 1910 Henri Rousseau, Marie Laurencin, Sonia Delaunay et Georges Braque ; Othon Friesz y installe ensuite son atelier, qu’il occupe de 1914 à 1949. Aux n° 115-117, Camille Claudel loue à partir de 1882 un atelier de sculpture qu’elle partage notamment avec Jessie Lipscomb.
Cette densité explique la réputation de la rue auprès des amateurs d’ateliers. Elle ne dit rien, en revanche, de ce qui se vend aujourd’hui à ces adresses. La plupart des lots qui changent de main dans le 6e sont des appartements, et c’est à ce titre que les ventes enregistrées les décrivent ; vous trouverez les prix du 6e par rue et par secteur sur notre page dédiée.
Rive droite : la Nouvelle Athènes
Dans le 9e, entre les rues Saint-Lazare, Blanche, La Bruyère et Notre-Dame-de-Lorette, le quartier de la Nouvelle Athènes s’urbanise entre 1820 et 1850. Peintres, écrivains et musiciens s’y installent ; les sources citent Eugène Delacroix, George Sand, Frédéric Chopin, Claude Monet. Nous nous garderons d’attribuer une adresse à chacun : elles n’ont pas pu être recoupées.
Une adresse, elle, est certaine. Au 14 rue Catherine-de-La Rochefoucauld, les parents de Gustave Moreau achètent en 1852, à son nom, une maison où il vivra et travaillera. Il la fait agrandir et surélever d’un étage en 1896, décide le 10 septembre 1897 de la léguer à l’État avec son contenu, et meurt le 18 avril 1898. L’État accepte la donation en 1902, et le musée ouvre au public le 14 janvier 1903. La maison porte aujourd’hui le label « Maisons des Illustres ».
Le musée Gustave-Moreau montre ce qu’a pu être une maison d’artiste du XIXe siècle ; il ne sert de comparable à aucune vente. Les ateliers privés du 9e, lorsqu’il en subsiste, se cachent le plus souvent au dernier étage d’un immeuble ou au fond d’une cour, et les ventes de l’arrondissement les noient parmi les appartements.
Le Viaduc des Arts, un cas à part
Dans le 12e, l’ancien viaduc de la ligne de Vincennes, construit en 1859 et fermé en 1969, a été réhabilité de 1989 à 1994 par l’architecte Patrick Berger, à l’initiative de la Ville de Paris. Ses voûtes vitrées accueillent aujourd’hui des artisans de la mode, du design, de la décoration et des métiers d’art, chacune pouvant abriter un atelier ou une boutique ouverte sur l’avenue.
On y voit des ateliers, au sens propre. On ne peut pas en conclure qu’ils s’achètent : aucune source publique que nous ayons trouvée ne décrit le régime d’occupation des voûtes, et la question se pose au gestionnaire du site. Ce sont en tout cas des locaux d’activité, pas des logements. Ceux qui cherchent à vendre dans le 12e trouveront les prix de l’arrondissement, établis sur des appartements.
Montparnasse et Montmartre, déjà traités
Deux quartiers d’ateliers ont chacun leur article dans ce Journal. Dans le 14e, l’immeuble-ateliers de la rue Campagne-Première, la villa Seurat et la villa d’Alésia posent des questions de mezzanine, de destination et de monuments historiques que nous avons détaillées pour l’atelier d’artiste dans le 14e. Sur la Butte, la part des ateliers célèbres qui relèvent du domaine public ou du logement locatif est telle que nous lui avons consacré un article sur Montmartre.
Ce qui n’est pas sur le marché
Une bonne partie des ateliers les plus connus de Paris n’appartiennent pas au marché de la revente, et il vaut mieux le savoir avant de rêver d’une adresse.
Les ateliers-logements de la Ville de Paris, gérés notamment par la RIVP, sont attribués nominativement à des artistes professionnels. Le bail n’est pas transmissible, et l’occupant n’a rien à céder. La cité Montmartre-aux-artistes, dans le 18e, relève du même principe : c’est un parc locatif social géré par Paris Habitat.
D’autres lieux sont souvent rattachés par erreur aux quartiers cités ici. La Cité internationale des arts est dans le 4e, la cité Falguière dans le 15e, la cité Fleurie dans le 13e. Aucune ne se trouve dans les arrondissements dont parle cet article.
Ce qui fait la valeur d’un atelier privé
Quand un atelier privé se présente, sa valeur se construit sur quelques critères, toujours les mêmes, et presque jamais lisibles dans une statistique.
La lumière. Une verrière au nord donne une lumière constante, recherchée par ceux qui peignent ou photographient. Encore faut-il qu’aucun immeuble voisin ne l’ait obscurcie depuis.
La destination. Un atelier désigné comme logement dans le règlement de copropriété ou dans une autorisation d’urbanisme se vend et se finance comme un appartement. Resté local d’activité, il ne peut être habité régulièrement qu’après un changement de destination, autorisé au titre de l’urbanisme. Rien à voir avec le changement d’usage, que le code de la construction et de l’habitation (article L631-7) soumet à autorisation à Paris lorsqu’un logement cesse d’en être un.
La surface. Le mesurage Carrez ignore tout ce qui n’atteint pas 1,80 m sous plafond, et donc souvent une partie de la mezzanine. Le volume se voit ; la surface vendue se mesure.
La verrière elle-même. Son état, son étanchéité, son vitrage et, en copropriété, son statut de partie commune ou privative commandent les travaux à venir et la manière dont ils seront partagés.
La protection. Certains ateliers sont inscrits ou classés au titre des monuments historiques ; d’autres se trouvent dans les abords d’un monument, où tout chantier visible suppose l’accord de l’architecte des Bâtiments de France. Ces contraintes rassurent les uns et freinent les autres.
Pourquoi aucune médiane ne décrit un atelier
La base publique des ventes, alimentée par l’administration fiscale, classe chaque bien vendu en appartement, maison, dépendance ou local, sans catégorie propre à l’atelier. Un atelier vendu comme appartement se fond dans la médiane de son arrondissement ; une maison-atelier ou un local d’activité en sort. Les quelques ateliers qu’elle contient restent donc indiscernables des appartements ordinaires.
Un atelier s’évalue par conséquent sur place, en le rapprochant d’autres ateliers récemment cédés, quitte à élargir la recherche à des quartiers voisins, puis en pesant un à un les écarts : lumière, destination, surface, verrière, protection. Le dossier compte autant que le lieu : l’acte d’achat, les documents de la copropriété, les autorisations obtenues, le mesurage Carrez, le DPE et les factures de la verrière. Un acquéreur qui trouve ces pièces réunies discute de l’atelier, pas de ses doutes.
Questions fréquentes
Où trouver un atelier d’artiste à acheter à Paris ?
Dans le parc privé, et presque jamais là où la mémoire du lieu est la plus forte. Les ensembles célèbres sont souvent des musées, des équipements publics ou des logements locatifs attribués à des artistes. Ce qui change de main, ce sont des lots en copropriété sous verrière, des bâtiments de fond de cour, quelques maisons-ateliers. On en rencontre sur la rive gauche autour du Montparnasse, dans le 9e, sur la Butte Montmartre, dans le 14e. Ils sont rares, et beaucoup se vendent sans que le mot « atelier » figure dans l’annonce : la verrière et les actes en disent plus.
Peut-on acheter un atelier du Viaduc des Arts ?
Rien de ce que nous avons pu vérifier ne permet de le dire. Les voûtes de l’avenue Daumesnil, réhabilitées entre 1989 et 1994 sous l’égide de la Semaest, société d’économie mixte de la Ville de Paris, accueillent des artisans et des boutiques ; les sources publiques ne disent pas sous quel régime ces locaux sont occupés, et nous ne le présumerons pas. Avant d’envisager une installation, il faut s’adresser directement au gestionnaire du site. Une voûte n’est de toute façon pas un logement, et elle ne s’estime pas comme un appartement.
Un atelier d’artiste vaut-il plus qu’un appartement de même surface ?
Il n’existe pas de règle. Un atelier vaut ce que valent sa lumière, sa hauteur, l’état de sa verrière, sa surface Carrez réelle et, surtout, sa destination dans les actes. Bien orienté, en bon état et reconnu comme logement, il intéresse un public prêt à payer pour un volume introuvable ailleurs. Resté local d’activité, avec une verrière à refaire et une mezzanine qui ne compte pas, il peut au contraire peser moins lourd qu’un appartement ordinaire. Aucune statistique publique n’isole les ateliers : seule une comparaison avec des biens de même nature, après visite, donne une réponse sérieuse.
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